
Les tables - Paris - Février 2012
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Dieu seul sait combien de fois, comme les “illustres”, je m’installai en votre compagnie, et au beau milieu de Paris, entre Le Monde, l’Equipe et le Canard, je vaquai à griffonner mes cahiers jaunis sur votre faux marbre, un café chaud posé en equilibre ; l’ombre de la Sorbonne de l’autre côté de la place ; parfois quelques amis aussi pour me tenir compagnie. La mousse apparaissait, fusaient les idées, nous étions les rois des utopies, nous voyions fermiers dans les alpages des Pyrénées, et rêvions IEP.
Quand je me rêvai écrivain, en votre sein alors j’écrivais ce qui suit, et d ‘autres choses aussi, jamais publiées, et qui ne le seront probablement jamais. Mais Paris reste Paris, et puis moi c’est moi, alors c’est tant pis si cette éternité des cafés me donne envie de vous présenter Le guerrier.
Au moins, je l’aurais fait. Et comme tout n’est que vanité…
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Le Guerrier
Lorsque j’ouvre les yeux, ma tête bourdonne, comme si mon corps, fatigué de me soutenir, ou peut être d’être, m’abandonnait.
L’oreiller d’habitude si douillet ne me sert en rien, ma tête lourde le transperce, comme si je fus de pierre. De pierre aussi, mes paupières. Trop lourdes à supporter, me voilà obligé de papillonner, cela me coûte cher, m’insupporte tant, que je voulus un instant en être dépourvu, quitte à être effroyablement laid.
Je laisse évaporer mon corps, puis décide de me lever. Enlever la couverture fut terrible, me voilà nu, sur le plancher, sans volonté, et bien moins protégé.
Je jette un coup d’œil sur l’horloge, je suis déjà en retard, et je n’arrive pas à avancer. Je le veux pourtant. Mes pieds sont de bois, ils ont pris le plancher pour eux, tenez, voilà les rayures de ces planches de chênes, veilles et moisies. Sont-ce mes veines ?
Finalement j’avance, ou plutôt râpe, ma tête contre mon buste, mon buste contre mes jambes, celles-ci contre mes pieds. Le trajet est long, douloureux. Y arriverais-je ?
Me voilà devant la glace. Quel est ce visage ? Est-ce moi, zombie ? Rafraîchissons-le. Mais l’eau, froide, coule… Et cette peau encore tiède, le supportera t-elle ?
J’agis. Je referme le robinet, d'un presque énergique geste. C’était le signe que j’attendais, qu’il me fallait faire.
La journée aurait été trop longue aujourd’hui. J’ai déjà fait l’erreur de me lever, il ne me faut pas faire celle de la poursuivre.
Je traîne mes membres désordonnés dans le lit.
[...]
Me voilà guerrier, l’épée à la main, affrontant le destin…
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